Corbeaux. Journal 2000

sans dateSamedi 29 avril 2000, huit heures du matin. Je dispose de quelques minutes à peine avant le petit déjeuner et la reprise des débats du colloque. Jean-Paul insiste sur la nécessité de noter scrupuleusement tout ce qui arrive. Ce sont là des moments de l’existence où les marques de sympathie, d’amitié ou d’amour sont sans prix et doivent être gravées pour jamais sur les tablettes de mémoire. J’ai deux sortes de partisans. Les premiers n’approuvent pas ce que j’ai écrit, mais ils trouvent qu’il y a une disproportion effrayante entre mes formulations malheureuses, selon eux, et la campagne haineuse qui fait rage contre moi. Les seconds, ayant lu et relu les pages incriminées, n’y trouvent absolument rien de condamnable.

Une troisième catégorie, qui doit exister mais qui s’est peu manifestée auprès de moi, Dieu merci, serait celle des personnes qui approuvent mes positions précisément parce qu’elles les imaginent telles que les décrivent mes pires ennemis. Il paraît que les journaux reçoivent un abondant courrier de soutien à ma cause, tout à fait effrayant de tonalité, du style « cette fois les goys relèvent la tête ». C’est du moins ce qu’au Monde on a dit à Paul.

Parmi ceux qui sans être si peu que ce soit suspects d’antisémitisme n’arrivent pas à comprendre le procès qui m’est fait, car ils jugent les passages attaqués inattaquables : Alexandre Albert-Galtier, Sophie Barrouyer, et Frédéric Mitterrand qui m’avait envoyé ce message, tout au début : « Vous n’avez rien écrit dont vous ayez à rougir. »

     

Dix heures et quart, le soir. La deuxième et dernière journée du colloque s’était tout à fait heureusement déroulée, mais en rentrant à l’hôtel j’ai eu la mauvaise surprise d’apprendre de Flatters, au téléphone, que le communiqué du Département de français, qui était distribué à l’entrée de la salle des débats, avait été envoyé aux journaux français et immédiatement publié par eux, bien entendu, avec le ravageur effet qu’on peut imaginer :

« Nous tenons à nous dissocier de Renaud Camus et de ses prises de position odieuses et nous retirons notre parrainage et notre caution morale et intellectuelle. Le Département condamne les propos antisémites de Renaud Camus dans son livre et tient à souligner que la réponse apportée par Camus dans le journal Libération du 21 avril n’atténue en rien le racisme des remarques incluses dans son ouvrage, qui sont un exemple tout à fait classique d’antisémitisme tel que celui-ci a été pratiqué en France et dont l’histoire du XXe siècle nous a appris les conséquences possibles. »

Cette mauvaise nouvelle a détruit le peu de sérénité que j’étais parvenu à rebâtir. Néanmoins Alexandre Albert, son ami Frédéric Canovas et moi avons rédigé à la hâte ce contre-communiqué, et nous demandons à tous les participants du colloque s’ils veulent bien le signer :

« Les participants du colloque “Renaud Camus, écrivain” de l’université Yale tiennent à préciser, en dépit du communiqué du Département de français tel qu’il a été publié dans vos colonnes, que ce colloque s’est déroulé aux dates et lieux prévus. Tous les participants inscrits se sont exprimés librement. La première demi-journée a été consacrée à la controverse actuelle, les textes en cause étant cette fois cités dans leur intégralité et en référence à l’ensemble de l’œuvre. Renaud Camus a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées. »

Ont donné leur signature jusqu’à présent Alexandre Albert-Galtier (University of Oregon), Jan Baetens (Louvain et Maastricht), Jeffrey Boyd (Yale), Frédéric Canovas (Arizona State University), Sjef Houppermans (Leyde), Nicholas Fox Weber (Albers Foundation), Charles Porter (Yale). Malheureusement les autres participants ont déjà quitté la ville, et certains sont dans un avion pour l’Europe. Mais nous ne désespérons pas de pouvoir les joindre. Je viens de parler à Larry Schehr, le chef de l’opposition, qui a demandé une nuit de réflexion.

L’épuisement et l’accablement, le dégoût, surtout, et le mépris, réactivent d’heure en heure mon vieux désir de dispar’être. Oh ! N’avoir plus rien à voir avec ce monde-là...

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