Corbeaux. Journal 2000

sans dateDimanche 28 mai 2000, neuf heures du matin. Cet Ouest de Paris, sous de certaines lumières, revêt un caractère curieusement maritime. Quand je me suis levé tout à l’heure le ciel était très lourd et très gris, tout en grosses pyramides boursouflées, cocassement de guingois, s’effondrant les unes sur les autres. Mais le soleil latéral rendait les maisons blanches, sur le quai d’en face, au point qu’on aurait cru un long boulevard de bord de mer. Et le mont Valérien, par là-dessus, semblait une presqu’île boisée sur quelque côte, avec sa forteresse hérissée de sémaphores.

Le mont Valérien tient une grande place dans ma vie. Je le vois même de mon lit. Pourtant je n’y suis allé qu’une seule fois, il doit y avoir trente ans de cela, avec X., à bicyclette — encore était-ce par hasard, perdus que nous étions dans des banlieues inconnues.

J’admire que ses pentes soient demeurées si vertes. Ne l’enlaidissent que les “sémaphores” que j’ai dits, et que j’ai tort d’appeler ainsi : vilaines tours métalliques, pointant au-dessus des bâtiments militaires, et qui doivent être en fait des relais hertziens.

La science dans sa progression continue devrait se donner pour but, à présent, de faire disparaître les méfaits de la science. Se subtilisant toujours davantage, elle pourrait apprendre à se passer de ce que ses instruments ont de grossier, de trop visible et de très laid. À elle de nettoyer derrière elle, désormais, et d’enlever ses pylônes, ses relais de télévision, ses antennes paraboliques. Je suis sûr qu’elle doit pouvoir s’en passer, en creusant un peu son esprit fertile. Elle devrait prendre exemple sur Chopin, et son travail achevé, en faire disparaître les traces.

*

Je ne sors que pour prendre un peu l’air. Encore était-ce à une heure du matin, cette nuit. L’endroit le plus commode pour respirer un peu, d’ici, c’est l’Île-aux-Cygnes. On y est entre deux eaux, il n’y a pas de voitures, les arbres vous y font cortège. Peu de sites à Paris sont plus aérés, plus ouverts. Malheureusement c’est un lieu de drague.

Je dis malheureusement parce que je n’y vais pas pour draguer, ces temps-ci — le ciel m’en est témoin. La drague est un sens parasite, en l’occurrence. Je m’en passerais volontiers. Elle embrouille la lecture et la fausse. Aux hommes et aux garçons que je croise, s’il arrive qu’ils me jettent un coup d’œil, j’ai envie d’expliquer : « Non, non, je ne vous fait pas des avances. Il se trouve que j’habite à côté, que je ne suis pas sorti de la journée, que j’ai besoin de prendre un peu l’air, et que cette promenade est vraiment la plus agréable la plus commode que je puisse faire... »

Mais comment échapper à la “connotation” ? Or c’est là un problème, il me semble, que l’Île-aux-Cygnes n’est pas seule à poser...

*

Jeudi Jean-Paul était à Toulouse. Il y assistait depuis trois jours aux répétitions de L’Oiseau de feu, le ballet dont il a fait les costumes et les décors, il y a deux ou trois ans, et que reprend la troupe du Capitole. Voilà qu’il téléphone en Corse, l’après-midi, et qu’il apprend de sa sœur en larmes qu’on aurait retrouvé, peut-être, le corps de leur frère.

Ce qui le donne à penser c’est un manège insistant de corbeaux, au-dessus d’un point précis du maquis.

Que des corbeaux tournoient au-dessus d’une dépouille, cependant, cela ne suffit pas à établir qu’il s’agisse du frère de Jean-Paul. Ce qui ameute ces oiseaux, il se peut très bien que ce soit une chèvre tombée dans une crevasse, un chien, un mouton, un autre homme. Il faut aller voir. Mais le site est d’accès difficile, et il y a maintenant plusieurs semaines que les gendarmes ont abandonné les recherches. Il convient donc de mettre sur pied, à distance, une colonne de bénévoles, des bergers, des voisins, des gens du village. Et s’il advenait qu’ils découvrent en effet un corps humain, il faudrait qu’un membre de la famille procède à l’identification.

Or c’est l’épreuve que Jean-Paul ne veut infliger ni à sa mère, ni à sa sœur. Il dit que l’une ni l’autre ne s’en remettrait jamais. Madeleine raconte que son père a dû reconnaître le corps de sa fille, la sœur de Madeleine, qui s’était suicidée, au Canada ; et qu’en une nuit ses cheveux sont devenus entièrement blancs, après cette confrontation. Encore celle-ci avait-elle lieu presque aussitôt après la mort, alors que dans le cas du frère il faudrait reconnaître un corps abandonné depuis trois mois dans la montagne, et déchiqueté par les corbeaux. S’exposer à pareilles images, c’est se décomposer soi-même. Les envisager seulement, se les voir imposer par la voix de la sœur au téléphone, c’est se soumettre à la montée du noir, dans la chambre d’hôtel, dans le ciel de Toulouse, dans la salle de la Halle aux Grains : au lieu se superpose un autre lieu, au temps un autre temps, et qui se battent continuellement.

Flatters assiste donc à la première de son Oiseau de feu, jeudi soir. Depuis des jours il se bat pour obtenir des éclairagistes un noir complet, justement, avant l’apparition sur la scène des premières lueurs, des premières images, des premiers corps et de leur mouvements. Il voudrait que tout cela s’extraie lentement, le plus lentement possible, d’un fond d’obscurité totale et de néant. Les musiciens résistent, car ils ne veulent pas jouer longtemps dans le noir. On se bat sur le nombre de secondes. Déjà on est passé de onze à dix-sept, la veille, et ce soir-là on lui en donne vingt-cinq, presque une demi minute.

De ce noir s’extrait un poudroiement d’étoiles, puis apparaissent lentement des rochers, et dans leur pierre un tumulte de visages figés : comme si l’œuvre, ce décor, accompli cinq années plus tôt, avait exactement tout prévu de ce qui est en train d’arriver, et trouvait tout son sens à ce moment précis, rétablissant avec sa source un lien brisé.

Le grand visage à droite, qui fond comme un oiseau sur le corps de Kochaï le magicien maléfique, c’est de toute évidence celui de la mère — Antoine Graziani, le poète, qui connaît tous les protagonistes du drame, l’avait déjà remarqué à la création. Mais ce visage et les autres, par l’effet des variations d’éclairage, se dépouillent successivement de tout lien avec des personnes précises. Ils s’en ressaisissent et les quittent à nouveau. Voici passer la tête et le corps du frère, aussi bien — ceux-là même qui pendant ce temps...

À chaque occasion, toute la soirée durant, Jean-Paul renouvelle la liaison avec la Corse, pour tâcher d’en savoir plus et décider s’il part ou non, immédiatement, et rejoint le lieu des recherches. Mais sur scène son œuvre est déjà là-bas — dans un là-bas intemporel, où toute la généalogie sourd et gronde, parcourue secrètement par le jeu des semblances, qui glissent l’une dans l’autre jusqu’à n’évoquer plus personne, ou bien la seule clameur chtonienne de la race...

Le miracle est que cette alchimie se montre capable, dirait-on, d’absorber un moment l’angoisse. Elle arrive même à produire une sorte de calme, un grand calme pareil à celui de la mort.

Puis, sur ce fond véhément, mais sourd, la parure étincelante de l’oiseau.

Au même moment, dans la montagne...

Mais on ne saura rien de plus.

Jean-Paul a dîné avec Pierre, après la représentation, et le lendemain il est rentré à Paris, sans informations supplémentaires de la Corse, et toujours à l’affût de quelque arrêt du sort. C’est pendant ces heures-là qu’il a écrit pour ma défense un autre texte, plus “théorique” que le premier, plus abstrait, et que je trouve magnifique — mais je ne présente guère de garantie d’objectivité.

Ce texte qui s’efforce d’analyser, entre autres choses, l’espèce de pulsion collective de meurtre, qu’on sent dans l’air à mon endroit, doit s’intituler Ferocia. Il s’ordonne autour d’une citation de Quignard :

« Et ce silence, malgré l’Histoire, c’est-à-dire à cause du mythe de l’Histoire, est toujours dans l’ignorance de sa ferocia. Les sociétés occidentales sont de nouveau dans cet état de terrible maturité. Elles sont à la limite du carnage. » (Rhétorique spéculative)

Cependant nous nous demandons si c’est vraiment la loi, cette histoire de reconnaissance des corps par la famille. Est-ce qu’il n’y a pas moyen d’y échapper ? Si telle est bien la loi elle semble extraordinairement barbare, archaïque, sacrificielle. Jean-Paul lui-même n’est pas du tout certain d’avoir la force de s’y plier. Il commençait tout juste de s’éloigner de certaines images à peine moins atroces, et dont son œuvre n’en finit pas de creuser la trace. Il craint de n’échapper plus jamais à l’horreur.

*

J’avais été invité à participer vendredi à l’émission de la Cinq qu’anime Serge Moati, Ripostes, et j’avais accepté de m’y rendre. Elle devait être diffusé aujourd’hui dimanche, et elle était consacrée au journal intime, officiellement.

Sous l’arbitrage de Moati devaient débattre Michel Polac, Alain Finkielkraut, Marc-Edouard Nabe et moi. Puis Finkielkraut s’était désisté, par refus de paraître aux côtés de Nabe. Tout le monde autour de moi me suppliait de faire de même. On estimait que j’avais tout à perdre d’une émission pareille, qui recelait sans doute toute sorte de pièges, que je serais bien incapable de déjouer, inexpert comme je le suis, face à de vieux routiers du petit écran tels que Polac et Moati. Surtout j’allais être associé à Nabe, ce qui achèverait de me ranger parmi les antisémites patentés.

Claude Durand m’appelait encore quelques minutes avant que je ne parte pour la Maison de la Radio, afin de m’adjurer de rester chez moi. J’allais à la bataille avec une arquebuse, selon lui, contre des gens qui disposaient de l’arme absolue. Mais je résistai à ses objurgations. D’abord je ne pouvais pas, à la fois, répéter à qui voulait m’entendre que la parole m’était ravie et refuser des invitations à m’exprimer. Ensuite, et principalement, je ne pouvais pas, à la fois, vanter de livre en livre le respect des engagements pris et de la parole donnée et, alors que j’avais accepté cette invitation — sans doute par imprudence, soit —, déclarer à la dernière minute que réflexion faite je n’avais pas l’intention de l’honorer.

Au combat, donc. J’arrive exactement à l’heure. Une très aimable jeune femme me reçoit, et elle me fait passer aussitôt dans une cabine de maquillage, qu’on atteint au bout d’un très long couloir. Une autre jeune femme vient m’apprêter. Puis le temps passe. L’enregistrement devait commencer à une heure. Je suis dans mon cagibi depuis une heure moins le quart. Rien à faire, rien à lire. Au mur une méchante lithographie d’un sous-sous-Fassiannos (mieux vaut encore être un sous-sous-Céline, pensais-je). Personne. Une heure dix. Une heure et quart. Surgit un photographe. Mais au moment où il s’apprête à me tirer le portrait, troisième jeune femme, nettement moins bien élevée que les précédentes : car ayant interrompu le photographe dans son geste elle lui parle longuement à l’oreille, devant ma porte ouverte, à deux mètres de moi. Que peut-elle bien lui raconter ? Je n’en ai pas la moindre idée certaine, bien entendu. Mais je ne peux pas ne pas imaginer, non plus, qu’elle est en train de lui dire : « Non, non, pas maintenant ! Il vaut mieux le photographier tout à l’heure, à côté de Nabe — qu’on ait les deux antisémites côte à côte, c’est excellent pour les journaux. »

J’étais assez content de m’être présenté relativement serein dans les locaux de la Cinq. Mais un type encore assez calme à son arrivée, peu habitué aux studios, et qui doit défendre sa peau à la télévision, enfermez-le dans un cagibi pendant une grosse demi-heure, organisez autour de lui un concert de visibles et audibles messes basses, ressortez-le bien à point pour le pousser directement devant les projecteurs et les caméras, et ce que vous avez c’est une bête furieuse, tout à fait conforme à l’image d’enragé qu’on veut (sans doute (peut-être)) donner de lui.

J’ai souhaité éviter cela et je suis parti. Dans toutes les civilisations du monde, vingt minutes de retard, et sans la moindre explication ni excuse, c’est plus que n’importe quel invité n’est contraint d’en accepter. J’avais tenu trente-cinq minutes. C’était plus qu’il n’en fallait pour être dans mon droit si je me retirais. Exit l’invité négligé, donc. J’avais tenu mon engagement, malgré toutes les pressions de mon entourage. Les gens de Ripostes n’ont pas tenu le leur. Le comique est qu’ils m’ont couru après, en ordre dispersé, première jeune femme, deuxième jeune femme, puis un jeune homme, ou un homme jeune — tous très polis, d’ailleurs, je n’ai rien à leur reprocher. Rien n’assure qu’il y ait eu quoi que ce soit de délibéré dans le traitement auquel j’avais été soumis. Mais comme tout le monde m’avait prévenu que je devais m’attendre à des pièges, et que ceci y ressemblait fort, j’ai réagi comme à un piège. Et même si celui-ci n’était pas volontaire, c’en était un tout de même, car mon beau calme je l’avais perdu. Et donc je suis rentré chez moi, n’ayant à traverser que le fleuve oublieux.

*

Claude Durand a écrit une seconde lettre, hier, cette fois à Libération, qui doit la publier demain. C’est une réponse à la Déclaration des hôtes-etc. Elle dénonce la manipulation qu’on voit à l’œuvre dans le texte, mais avec moins d’indignation que je n’en aurais mis moi-même (et que je n’en éprouve). Et ma position telle que la suggère le texte rétabli, Claude Durand la compare à... « celle de la Suisse actuelle : hospitalité mesurée sans intégration, sauf pour les plus fortunés. J’imagine que ce peut être celle de l’Europe de Schengen aux yeux d’un jeune Marocain ou Congolais désireux d’émigrer et refoulé à nos frontières. »

L’ennui c’est que je n’ai pas de position. Tout ce que j’écrivais en 1994, c’est que ma pente naturelle, c’est-à-dire évidemment “culturelle”, héréditaire, atavique, si l’on veut, eût été vers les lois de l’hospitalité : on sait qui sont les hôtes, on sait qui sont les hôtes. Ceux-ci sont traités avec honneur et dignité, mais ils restent des étrangers — peut-être est-ce en effet le parti qu’observe la Suisse aujourd’hui, je n’en sais rien. Mais je notais il y a six ans que ce parti-là n’était plus tenable pour nous. Il faut chercher autre chose. Et d’ores et déjà, écrivais-je, ceux qui furent les amphitryons (et tinrent ce rôle plus ou moins bien) sont des commensaux ordinaires parmi leurs anciens invités.

Tandis que j’écris ceci parlent de moi sur LCI (que je ne peux pas capter) Philippe Sollers et Bernard-Henri Lévy, sous l’arbitrage d’Edwy Plenel. Ce doit être du beau ! La question n’est pas de savoir, entre ces trois-là, si je suis ou non un monstre antisémite — ce point est tout à fait acquis depuis longtemps —, mais si l’on doit permettre ou pas la réédition de mon livre, et m’accorder ou non la parole.

Sollers est contre, puisqu’il a signé la “Déclaration”, qui réclame mon silence définitif. Plenel y est également hostile, sans doute, puisque depuis le début Le Monde me refuse le droit de m’exprimer. Tandis que Lévy est pour, car plus on peut me lire, et mieux on peut m’entendre, mieux on peut me faire un procès.

Paul Otchakovsky, d’autre part, multiplie les pressions amicales, directes ou indirectes, pour que je ne permette pas la réédition “expurgée” de La Campagne. Il a beaucoup insisté sur ce point lorsque nous avons dîné ensemble mercredi dernier, à côté d’ici, au restaurant de l’hôtel Nikko. Consentir à la réédition expurgée, d’après lui, ce serait avaliser tous les reproches qui me sont faits, et reconnaître absolument mes torts. J’ai eu beau jeu de lui rappeler que les passages qui me valent aujourd’hui tous ces ennuis, je n’y tenais pas si fort, puisqu’en lui présentant le manuscrit l’an dernier je lui avais dit qu’il pouvait en enlever tout ce qu’il voulait. Ce n’était pas à moi d’enlever, disais-je. Mais s’il voulait le faire...

Or il ne l’a pas voulu, disant que ce n’était pas son rôle — ce que je comprends parfaitement.

Si maintenant un avocat se charge de l’opération, je n’ai pas grand-chose à y redire. La composition des équipes du “Panorama” de France Culture en 1994, et l’orientation des programmes de l’émission, ce n’est pas essentiel pour moi. Il ne me semblait pas que je dusse, moi, m’abstenir de donner là-dessus mon sentiment puisque le journal obéit, en son principe, à une pulsion d’exhaustivité ; mais si la loi interdit, pour des raisons qui lui sont propres, l’expression de ce sentiment, on peut laisser la loi trancher, même si ce sentiment n’a selon moi rien de criminel. L’important est que soit préservé le flux général du texte, ou de la pensée en errance. Car ce flux est totalement incompatible, ainsi que le fait remarquer Jean-Paul dans le très beau texte qu’il m’a lu hier (L’Inappartenance), avec “l’être-antisémite” auquel je suis assimilé cent fois par jour.

   

Trois heures. On croit toujours que ça ne peut pas aller plus loin, mais les vagues successives de la haine et du mépris peuvent toujours se dépasser les unes les autres, indéfiniment. Flatters vient de me faire un compte-rendu du dialogue Lévy-Sollers, sur LCI. Lui-même n’a pu que l’entendre au téléphone, une amie à lui tenant l’écouteur près du poste, chez elle. Ce sont là beaucoup d’intermédiaires. Mais les propos sont sans ambiguïté.

Sollers et Lévy attaquent surtout la pétition qui m’a un peu soutenu, comme étant encore plus grave que ce que j’ai pu écrire, moi, « un écrivain qui a perdu la tête ». Qu’il se soit trouvé des intellectuels et des artistes pour n’exprimer que des “réserves”, à propos de mes pages, leur semble de loin ce qu’il y a de plus inquiétant dans l’affaire actuelle. Car je serais selon Lévy « d’un antisémitisme absolu », « aussi antisémite qu’on peut l’être ».

Sollers et Lévy reprennent à leur compte la thèse de mes défenseurs, mais en la renversant tout à fait. Ce qui s’est passé c’est que l’on ne m’a pas lu, jusqu’à ce qu’ils interviennent eux, et ceux qui sont d’accord avec eux. Eux seuls ont su distinguer dans ce que j’avais écrit ce qui pourtant crevait les yeux, « qu’il y avait un meurtre au bout » (Lévy).

Mais la haine la plus efficace est celle qui se vêt de mépris. « Et que vaut l’œuvre de Renaud Camus ? » demande innocemment Plenel.

— Un écrivain moyen, dit Lévy.

Au dessous du moyen, renchérit Sollers.

— Criminel par médiocrité », conclue le chœur.

Et s’ils allaient avoir raison ? Criminel, ça, je ne crois pas. Antisémite, pas davantage. Mais au dessous du moyen ?

Il est tout de même très étrange que pas un seul grand artiste, Flatters bien sûr excepté (mais lui ne compte pas, il est trop proche), se soit jamais intéressé à mes travaux ; que je n’aie jamais reçu que des soutiens obscurs...

Il y a toujours du traître en moi — mais c’est du traître à moi-même, exclusivement : et si l’ennemi avait raison ?

Un point tout de même où il a tort, de cela je n’ai pas le moindre doute : « Il est malade de la présence de Marc Bloch, de Proust et de Bergson », dit de moi Lévy. Or cette phrase, heureusement, est d’une imbécillité éclatante, et d’une fausseté non moins criante, sous quelque angle qu’on l’examine — car là, au moins, qui n’a pas lu ? L’assurance absolue du mensonge qu’elle est, de sa méchanceté pure, du désir sans mélange de nuire, qu’elle figure, et sans scrupule aucun, tel sera mon royaume de Bourges. Là, en cette région étroite, je me tiens en sécurité dans la parfaite absence d’incertitude. Mais la reconquête de moi-même, à partir de cette enclave, va être difficile et longue.

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