Corbeaux. Journal 2000

sans dateLundi 5 juin 2000, onze heures du matin. Exercice spirituel encore, j’ai transcrit hier sur mon site, au sein du “dossier” de “l’affaire”, l’article de Jean-Loup Rivière, dramaturge (?), paru samedi dans Libération Le Délire antisémite de Renaud Camus.

Mais il n’y a pas lieu, manifestement, de prolonger encore longtemps cette compilation. Au niveau journalistique, tout ce qui pouvait être dit l’a été. J’ai moi-même écrit un petit texte pour Le Figaro, et je l’ai envoyé hier soir. Cependant je n’avais guère d’inspiration, lassé que je suis de devoir répéter indéfiniment les mêmes choses, dans l’espoir assez vain de faire passer un message ou deux grâce au seul rabâchage. Enfermé dans la contrainte du nombre de feuillets ou de signes, insupportable pour un écrivain, je me bats selon les termes dictés par l’adversaire, lequel a le choix des armes, de l’heure et du terrain.

Il est libre de réglementer jusqu’au nombre de coups que j’ai le droit de porter, ou de tirer. Lui ne ressent rien, d’évidence. Il n’entend plus. Rivière repart sur l’affaire des « hôtes trop nombreux » absolument comme si on ne lui avait pas mis sous les yeux qu’il y avait sur ce point grossière erreur d’interprétation, ou brutale manipulation ; et comme si n’était pas établi que les hôtes étaient « trop nombreux » pour que soient encore applicables, parmi nous, les « lois de l’hospitalité », qui impliquaient qu’il y eût une distinction entre les hôtes et les hôtes — de sorte que cette distinction est aujourd’hui caduque.

Chacun ne fait plus que répéter les mêmes arguments en criant plus fort, en aggravant les insultes. Nous tombons dans le bégaiement gâteux. Je vais enregistrer cette après-midi, avec Alain Finkielkraut, l’émission prévue sur Canal Plus, puis je regagnerai le sûr abri du livre, et ma campagne.

Quand je dis le livre, cependant, c’est à un livre absolu que je fais allusion, au Livre, à une catégorie de l’esprit — non pas à tel ou tel volume édité : car je ne suis pas sûr d’avoir encore un éditeur. Ma vie se dépouille, se fait de plus en plus abstraite. Or je n’en souffre guère. J’y vois au contraire un curieux accomplissement. Il n’y a que ma mère qui soit un obstacle à ce travail d’épure. Elle n’admire rien tant que la devise d’Orange, Je maintiendrai. Et sans doute comprendrait-elle mal que pour me maintenir moi-même il me faille tout laisser perdre.

Pour le livre il n’y a pas de perte, parce qu’il est perte lui-même.

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