Corbeaux. Journal 2000

sans dateMardi 20 juin 2000, neuf heures et demie du matin. L’inimpatience du monde à l’endroit de mes Corbeaux et de moi se confirme : Pierre-Guillaume de Roux a demandé quarante-huit heures de plus pour prendre connaissance du manuscrit (de la moitié de manuscrit dont il dispose). De Christian Prigent toujours pas de nouvelles, et il ne faut plus en attendre. Stéphane Baumont m’avait proposé de faire cette après-midi à Toulouse une émission sur la radio du Crif, où il dispose d’une chronique — et cela tombait très bien car je dois déjeuner à Toulouse avec l’homme de la société du métro, qui me propose depuis des mois un contrat sur un ouvrage à propos des commandes aux artistes, pour les différentes stations. Mais Baumont ne m’a pas rappelé pour confirmation ou infirmation comme il était convenu, et c’est moi qui ai dû lui téléphoner à l’instant. Il n’était pas sûr de disposer d’un studio cette après-midi, et il faudrait donc retourner à Toulouse demain matin, ce qui me paraît tout de même un peu beaucoup.

En revanche, très long téléphonage hier d’Alain Finkielkraut, de plus en plus amical. Nous devons nous voir la semaine prochaine à Paris, sous les auspices de Paul, qui veut lui commander un livre sur “l’affaire”. Dans une de ses émissions “Répliques”, celle qui doit être diffusée samedi prochain, il a profité de la mention inopinée de mon nom par l’un des invités pour lire une grande partie de l’entrée France, français de Etc., dont il me dit grand bien. J’y énonce au passage le regret que je ressens quelquefois de n’être pas anglais, à cause de mon admiration sans borne pour l’attitude britannique durant la dernière guerre, et à la honte que j’éprouve de la nôtre (défaite, collaboration, dénonciations, etc.). Ce paragraphe, joint au fait que je me déclare français, entre autres choses, par l’appel du 18-juin semble à Finkielkraut de nature à faire taire définitivement ceux qui parlent sans cesse de mon “pétainisme”. Lui juge d’autre part, comme à peu près tout le monde, d’une insigne faiblesse l’article de Sollers dans Le Monde de samedi.

Le grand été s’est déjà installé ici, il fait très chaud mais les épaisses murailles maintiennent comme d’habitude une enviable fraîcheur à mes heures. Une sorte de grande vacance est tombée sur le paysage, sur la “crise” et sur moi. Je suis dans l’agréable état si magnifiquement célébré par Beethoven, celui du convalescent : on est encore là, la campagne aussi, le silence est une vaste absence de douleur.

Un autre avantage de la crise, c’est qu’elle précipite la rupture avec le monde, par impossibilité pure et simple d’entretenir les liens. Le courrier a été multiplié par dix. Il n’est pas envisageable d’y répondre. Des écrivains qui ont refusé de s’associer à la pétition dite “en ma faveur” continuent de m’envoyer leurs livres, imperturbablement, avec des dédicaces aimables, même, ou bien on ne peut plus entortillées. Il me semble que je suis dispensé, cette fois, de la rituelle lettre de remerciement et de félicitations. Quelle douceur de n’aspirer plus à rien — même pas à la réputation d’être un “confrère” à peu près poli ! Quelle tranquillité ! Schopenhauer, me voilà !

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