Corbeaux. Journal 2000

sans dateSamedi 8 juillet 2000, dix heures du soir. La phrase qui précède m’a porté malchance. Certes je suis très content de ne plus organiser d’expositions, de n’avoir plus à me préoccuper d’organiser un festival, d’être libéré de la charge d’un colloque et surtout de n’avoir plus à intriguer dans les bureaux — c’est-à-dire à mendier, disons le mot — pour tâcher d’attirer de maigres subventions sur les activités de Plieux. Mais de là à penser que je suis “libéré de ces soucis-là”... Le courrier de ce matin s’est chargé de me rafraîchir la mémoire.

Nouvelle lettre de l’huissier, en effet. Cette fois-ci je n’ai plus que vingt-quatre heures, officiellement, pour trouver les soixante-dix mille francs que Pli selon Pli doit encore, selon la justice, à l’ancienne directrice congédiée. S’il fallait un suspense pour finir ce livre, en voilà un.

Paul me demandait le mois dernier, avec un grand mécontentement, pourquoi j’avais signé avec Fayard un contrat pour un roman. Parce que j’avais besoin d’argent, bien entendu. Mais hier je ne me souvenais même plus pourquoi le besoin était alors si pressant, ni de ce qu’étaient devenues les sommes allouées. Pour la plus grande part elles sont allées aux dettes de cette maudite association. Et c’est loin d’être fini. Je me suis engagé à payer à la B.N.P. cinquante mille francs tous les ans pendant cinq ans, et cela indépendamment de toute sorte d’autres dettes plus ou moins importantes, la plus lourde desquelles étant justement celle dont l’huissier réclame le règlement d’urgence, et qui concerne l’ancienne directrice. Une part énorme de ce que je puis gagner va donc à éponger le solde de ces fantaisies anciennes, Les Nuits de l’Âme et nos diverses expositions. Afin de m’en sortir je fais des pieds et des mains pour gagner plus d’argent, non sans quelque succès, avec pour résultat que je dois toujours plus d’impôts, sur des revenus qui pour la plupart ne font que transiter quelques heures sur mon compte. C’est accablant.

Albin Michel n’a pas voulu de Corbeaux. Ce que cette maison aurait souhaité publier de moi, c’est un essai sur “l’affaire”, sur le fond de “l’affaire”, et non pas un journal. Mais l’essai sur le fond de “l’affaire” — et sur bien autre chose, j’espère —, c’est Du Sens, et Du Sens est promis à P.O.L. No deal, donc.

Je ne sais plus si j’ai noté que les P.U.F. n’étaient pas intéressées non plus, Roland Jaccard ayant refusé d’accueillir le livre dans la collection qu’il dirige. Michel Prigent me recommandait de me tourner vers Flammarion, ce qui eût été assez savoureux car ce fut mon premier éditeur, au temps où Paul Otchakovsky était lui-même chez Flammarion. Encore Prigent ne m’a-t-il pas fait cette suggestion directement, mais à travers Sophie Barrouyer, qui s’est donné la peine de l’appeler. Si elle n’avait pas pris cette initiative, nous n’aurions même pas eu de réponse.

Quant aux éditions des Syrtes, même chose exactement. Pierre-Guillaume de Roux aurait été assez intéressé, si j’ai bien compris, mais son associé, ou son financier, qui est le gendre de Gianni Agnelli, s’est opposé à la publication, arguant que cette jeune maison était en butte à bien assez de soupçons et d’hostilité déjà pour avoir publié Nolte, et qu’il serait suicidaire de sa part d’aggraver son cas en me publiant moi. De fait l’article de Sollers à mon propos, qui commençait en première page, dans Le Monde, partageait ensuite une page intérieure avec un article très agressif également sur Nolte, Un écrivain “révisionniste” applaudi à Paris. Les éditions des Syrtes s’y trouvaient mises en cause. Je comprends donc parfaitement leur prudence. Mais je trouve qu’elles auraient pu m’en exposer directement les raisons, au lieu de ne donner, des semaines durant, aucune signe de vie. Il a fallu que Rémi Soulié téléphone plusieurs fois à Pierre-Guillaume de Roux pour que nous sachions à quoi nous en tenir. Ce ne sont pas là de bonnes manières.

Le livre, l’éventuel Corbeaux, ou plutôt sa première moitié — car pour le reste je suis en train de l’écrire — est maintenant en lecture chez Plon, cette fois par l’intermédiaire de Marianne Alphant, qui s’est adressée à Sylvie Audoly, qu’elle connaît. Plon est dirigé par Olivier Orban, que je connais un peu, car il faisait ses débuts dans la carrière éditoriale chez Denoël aux temps où j’y étais lecteur. Sylvie Audoly était également chez Denoël à cette époque. Nous sommes donc en pays de connaissance, ou presque. On y semble assez bien disposé à mon égard. Olivier Orban, m’a-t-il été dit, emportait avec lui ce week-end le manuscrit de Corbeaux. De ce côté-là je devrais donc avoir une réponse assez rapidement. Si elle est encore négative il me faudra bien me dire que ce livre doit avoir, aux yeux d’un éditeur, et de tout éditeur, quelque défaut constitutif.

Paul Otchakovsky estime qu’il n’est pas la réponse qu’on attend de moi aujourd’hui à la campagne dont j’ai fait l’objet. La réponse, ce serait Du Sens.Mais Du Sens n’est pas pour aujourd’hui.

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