La Tour. Journal 2015

créée le vendredi 3 juillet 2015, 16 h 38
modifiée le vendredi 3 juillet 2015, 16 h 47
Plieux, jeudi 2 juillet 2015, minuit et demi.
Je n’ai pas été assez ferme, dans La Civilisation des prénoms. C’est un cauchemar qui ne cesse de gagner. D’ores et déjà il a réduit à merci le monde des affaires, celui, du moins, qui relève des nouvelles technologies, ou les utilise comme truchement. Tout le courrier qu’on reçoit de Blurb, de Facebook, de PayPal et de compagnies de ce genre ne porte en signature que des prénoms et surtout, dans la majorité des cas, désormais, ne s’adresse à vous qu’en vous appelant par votre prénom : Dear Renaud. Bientôt ce sera aussi la banque, sans nul doute — je le vois venir. En effet il en va aussi de la sorte, maintenant, pour la plus grande part de la correspondance professionnelle : des gens qu’on ne connaît ni d’Ève ni d’Adam vous appellent par votre prénom dès leur premier message ou la première rencontre. Pour ce qui est de la vie sociale, n’en parlons même pas.

S’esquisse là un monde terrible où il n’y aura plus pour l’être la plus légère protection protocolaire, ni aucun moyen de maintenir la moindre distance entre lui et ses semblables, avides tous de célébrer avec lui, voire de lui imposer s’il tente de s’y dérober, leur admirable similitude. C’est au fond la transposition dans les rites sociaux — de moins en moins ritualisés, mais de plus en plus stéréotypés, sur un mode normalisé, terriblement simplifié, réduit, comme la grammaire, à quelques structures élémentaires, elles-mêmes peu respectées — de l’évolution du territoire, soumis à l’expansion tentaculaire d’une banlieue partout semblable : ce qui s’étiole toujours davantage, c’est la campagne, le vide, la possibilité de l’absence, le droit de n’être pas là, de n’être pas semblable, de garder ses distances. Le règne du prénom, corroboré par le tutoiement, lui aussi en expansion foudroyante, c’est la forme achevée de la dictature sans dictateur, celle de tous sur chacun. Ses premières victimes sont les marginaux, les vrais, les irrepérables comme tels : ceux dont la solitude précieuse n’avait d’autre garant que la civilisation (la syntaxe, les codes, les formes (« la forme c’est l’autre »)).

voir l’entrée du jeudi 2 juillet 2015 dans Le Jour ni l’Heure

accueil général
& plan du site
journalVaisseaux brûlésLe Jour ni l’Heurelivres en lignelibrairiegalerieindex
accueil général du site
Ce bouton permet de se déplacer rapidement dans le site de Renaud Camus.

masquer les messages d’aide
Ces boutons fléchés permettent de consulter les différentes entrées du journal de Renaud Camus.

Les autres boutons vous proposent diverses options. Survolez-les avec la souris pour en savoir plus.

masquer les messages d’aide