Insoumission. Journal 2016

créée le samedi 24 décembre 2016, 1 h 29
modifiée le samedi 24 décembre 2016, 10 h 49
Plieux, mercredi 21 décembre 2016, deux heures et demie du matin (le 22).
“Étienne Liebig”, alias Stéphane Maggi, a bien publié à l’heure dite, aujourd’hui, les deux tweets de rétractation et d’excuses dont nous étions convenus. Seulement, dix minutes après, il nous a “bloqués”, Me Rimokh et moi : de sorte que nous ne pouvions plus accéder à son compte Twitter et auxdits tweets, ni, par conséquent, les retweeter et diffuser. Ce que constatant nous étions prêts à remettre en marche la procédure judiciaire quand l’avocat de Liebig nous a fait remarquer que rien, dans la convention passée entre nous, n’interdisait à son client de nous “bloquer” : il s’était seulement engagé à ne pas retirer ses tweets de réparation ; pas à nous en ménager l’accès  (car nous avions négligé de l’exiger). Evidemment ce n’est pas très fair play, mais on n’aime pas Liebig pour son élégance. Et après tout ce n’est pas si grave. J’avais eu le temps de faire des copies d’écran, Me Rimokh aussi. D’autre part, si nous nous ne pouvons pas accéder au compte de cet amuseur sinistre, n’importe qui le peut — il ne va pas tout de même pas bloquer tout le monde. Nous allons donc considérer que l’affaire est close, malgré cette péripétie ultime.

* 

M. le maire de H. voulait bien me recevoir (encore a-t-il fallu insister un peu… ), mais à condition que je n’en parle pas dans ce journal, ou plutôt dans mon agenda, qu’il confond avec ce journal, comme le font énormément de gens, hélas, ce qui ne laisse pas de me stupéfier et vexer un peu chaque fois — mais c’est ainsi. Il m’a bien fallu accepter la condition imposée, quoique j’en désapprouvasse le principe : ma démarche ne présente strictement aucun caractère personnel, elle est purement administrative, ou du moins elle concerne le fonctionnement des institutions démocratiques. Un maire peut dire non à ma requête de parrainage, il peut dire  oui, mais je vois mal qu’il puisse faire comme si elle n’avait jamais existé, et exiger qu’il n’en soit pas fait mention. Toutefois le maire de M. est très sensible à la rumeur. On dit tant de choses dans le pays, paraît-il, à mon sujet… Et l’exemple qu’il donne, à ma grande stupéfaction, est celui de mes financements…

Mes financements ??? Les financements de quoi ? Eh bien, de ma campagne, puisque campagne il y a. Qui paie ? Les gens s’interrogent beaucoup là-dessus. J’avoue n’avoir pas songé à cela. 

 Campagne il y a peut-être (et encore, hélas… ), mais jusqu’à présent elle n’a rien coûté. Si : quelques voyages en France, puisque j’essaie d’aller partout où je suis invité — et alors une partie de la dépense est assurée par les cotisations des membres des deux mouvements que je préside. Toutefois ces défraiements sont bien loin de couvrir les frais, non plus que les remboursements opérés quelquefois par les groupes et associations invitants, lesquels ne me dédommagent jamais entièrement : non par l’effet d’une particulière pingrerie ou pauvreté de leur part, mais à cause de mon mode très spécial de voyager, hérité du XIXe siècle, qui fait que Viviers ou Nantes représentent pour moi deux ou trois nuits d’hôtel, chaque fois, tandis qu’un autre conférencier, ou candidat, ferait sans doute l’aller-et-retour dans la journée, en avion ou en train. Je me permets de préciser à mon interlocuteur, puisqu’il a l’air soupçonneux, que, de tous les candidats, je suis sans doute, et de très loin, celui dont les comptes sont le plus transparents, puisque je publie quotidiennement, avec mon agenda, en libre accès à tous, ma situation bancaire.

« Oh, vous pouvez mettre ce que vous voulez… », fait remarquer le maire de H., qui sans doute n’a pas tort sur le fond — en effet, je pourrais mettre ce que je veux… —, mais montre, par cette réflexion, et strictement de mon point de vue, bien entendu, qui, d’évidence, n’est que mon point de vue, et comme tel peu exportable, d’une part qu’il n’est pas tout à fait un gentleman, comme dirait Lees-Milne, d’autre part qu’il me soupçonne de n’en être pas un non plus, et, troisièmement, qu’il ne comprend pas très bien, mais c’est son droit le plus strict (ce serait plutôt le contraire, qui serait étonnant), mon “projet existentiel”, diciamo (et “littéraire”, accessoirement…).

Enfin, passons… Curieusement c’est sur la question des dépenses de campagne que nous nous découvrons notre premier accord politique. M. le Maire est indigné par les sommes investies par les uns et les autres pour se faire élire, et souvent pour ne l’être pas. Et moi, sautant sur l’occasion, puisque j’ai apporté mon “programme”, de lui montrer le point 37 :

« La somme des dépenses autorisées sera divisée au moins par dix, etc. ».  

L’édile juge que “par dix”, ce n’est pas encore suffisant…

D’ailleurs, à mesure que nous bavardons, très cordialement, je découvre, comme à peu près chaque fois que je m’entretiens avec mes compatriotes, que sur l’essentiel, à savoir… l’immigration, onvadir (car ce sont surtout mes mots, qui leur font peur, à commencer par Grand Remplacement), ils pensent à peu près la même chose que moi : seulement un peu plus fort. Au bout d’une heure ce n’est plus qu’un flot d’anecdotes tendant toutes à montrer que oui, il y a bien un problème, on ne peut pas vous donner complètement tort.

Par exemple M. le maire de H. trouve assez mauvais que dans des associations dont il fait partie (mais pas à H., qui est un village) et qui s’occupent d’assistance scolaire, les gens, au bout d’un moment, plus des trois-quarts étant arabes, se mettent à parler arabe, pour mieux s’expliquer et se faire comprendre. Eh bien oui, il doit l’admettre, ça le dérange. Il lui est même arrivé de s’y opposer très vertement, vous pouvez me croire.

Le problème c’est la rumeur, me concernant. Je passe pour… disons le mot, excusez-moi, fasciste, dans le pays. Il faudrait que je m’explique. Pourquoi ne donnerais-je pas une conférence, pour les gens d’ici ? 

Ah, parce que je préside un minuscule parti qui s’appelle le parti de l’In-nocence ; c’est-à-dire de la non-nocence, de l’absence de nuisance ; et que je pense que le but ultime de toute politique qui se respecte c’est de ne pas nuire, de ne pas déranger son voisin, de n’embêter personne avec sa musique, ses aboiements de chien ou ses idées. J’exposerai très volontiers les miennes, d’idées, si on me le demandait. Mais je n’ai aucune intention de poursuivre, à seule fin de les leur exposer, des malheureux qui n’auraient rien réclamé. Parler d’elles par ici, la pensée ne m’en a jamais traversé l’esprit. Mon “action”, même si elle n’a guère de retentissement national, n’a jamais été locale. Je crois avoir laissé tout le monde bien tranquille avec mes petites affaires. Cela dit, si l’on veut m’entendre, je suis à la disposition de qui veut. 

Mais c’est sur la question du parrainage, motif officiel de ma visite officielle, quoique secrète, contre mon gré, que la conversation fut le plus intéressante, et même passionnante, car immensément révélatrice (hélas). En deux mots : M. le maire de H. me donnerait bien sa signature, oui, éventuellement, si j’en avais absolument besoin pour faire cinq cents, au cas où j’en aurais déjà quatre cent quatre quatre vingt-dix-neuf.

Toute la France d’aujourd’hui est là. Personne ne bougera. Chacun bougerait bien, mais à condition que tous les autres aient déjà bougé. 

On cite jusqu’à plus soif 1984, et on a raison ; mais l’allégorie la plus tragiquement juste de notre situation, encore une fois, c’est “Les Habits neufs de l’empereur”, à mon avis. Andersen est encore plus pertinent qu’Orwell. Tout le monde parmi nous voit parfaitement ce qui se passe, tout le monde le sait, mais personne ne le dira, non pas par crainte de passer pour imbécile, en reconnaissant que le roi est nu, mais à cause de la peur encore plus grande de passer pour fasciste, ou à tout le moins de facho, comme moi, si l’on se permettait de remarquer tout haut que l’immigration, dans ces proportions, pose peut-être un petit problème. Non, ils se tairont. Chacun parlera si tout le monde a parlé. Et j’obtiendrai mes signatures à condition de les avoir déjà.

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