créée le vendredi 23 juin 2017, 18 h 21
modifiée le vendredi 23 juin 2017, 18 h 54
Plieux, jeudi 22 juin 2017, une heure et demie du matin (le 23).
Le journal télévisé de France 2, ce soir, paraissait une anthologie méthodique des symptômes et des effets du remplacisme global : de sorte que j’aurais pu encore une fois m’inquiéter de voir mes “théories” vérifiées à tout moment en tous points et en toutes circonstances, ce qui finirait par ne plus rien prouver — Dieu merci je ne me situe pas dans le domaine de la preuve.

C’était par exemple un assez long reportage sur la “mode” des divisions de maisons particulières, villas et pavillons de banlieue, qu’il est plus facile et surtout beaucoup plus rentable de vendre par tranches, par lots, par petits morceaux séparés, où des familles ou des individus vivront dans un tiers ou un quart ou parfois moins encore de ce qui était jadis la demeure d’une seule famille, pas particulièrement fortunée, pourtant. On met des chambres dans des salles de bains et des salles à manger dans des cuisines. De toute part on voit l’espace reconverti, remplacé, fractionné et refractionné sous la pression conjuguée de la croissance démographique et de la volonté de plus larges profits. À Londres on observe des appartements divisés non seulement dans l’espace, horizontalement et verticalement, mais aussi dans le temps, les colocataires ayant le droit de les occuper à de certaines heures et pas à d’autres. À Hong-Kong des gens se ruinent pour des casiers à hommes où ils ne peuvent même pas se tenir debout, tout cela pour être près de lieux de travail, usines ou bureaux, où ils gagnent à peine de quoi payer leur loyer. C’est l’espace, ou plus trivialement la place qui sera demain l’élément principal de la puissance (et du bien-être) ; et certainement pas le nombre, bien au contraire.

Un autre “sujet” était consacré à l’ouverture en France du premier magasin Costco, club-entrepôt qui ferait passer les grandes surfaces low-cost “traditionnelles” pour des sortes d’Hédiard ou de Fauchon. Le principe est qu’on y accède directement aux entrepôts, en somme, et qu’on y achète ce dont on a besoin, ou pas besoin, en gros, ou demi-gros  — à condition de s’être acquitté préalablement, bien entendu, du coût d’une carte de membre. Partout on voit le low-cost gagner du terrain, devenir la norme, avec tout ce qu’il implique de laideur, de brutalité, de prolétarisation des gestes et des âmes, d’abandon des formes et d’abaissement de la dignité des êtres, qui consentent à leur humiliation par goût ou par nécessité de l’économie, des économies, de l’épargne. La société bourgeoise était un monde de rentiers, la dictature de la petite bourgeoisie est un univers d’épargnants. De tout ce que j’aurais vu réduire les libertés individuelles depuis cinquante ans, les deux facteurs les plus efficaces auront été la surpopulation, qui partout circonscrit l’espace disponible et oblige incessamment à de nouvelles contraintes, pour garer sa voiture par exemple, ou circuler, avec tous les prélèvements publics et privés afférents ; et d’autre part les “formules”, comme dans les restaurants : les promesses d’économies si l’on se soumet, si l’on aliène de sa liberté (de voyager quand on veut, mettons) en échange de remises, de récompenses, de forfaits-fidélité, de “prix” (dans tous les sens du mot).

Que ceci et cela mène à l’hébétude violente, cruelle, voire sadique, ce journal télévisé admirablement construit (sans doute sans l’avoir fait exprès, tout de même… ) se chargeait de le montrer et démontrer prestissimo, avec un troisième reportage sur le harcèlement à l’école : pas le harcèlement sexuel, ni le harcèlement racial ; non, le harcèlement tout court, le harcèlement pour le harcèlement, le harcèlement de méchanceté pure et de bêtise sans mélange, dont feraient l’objet à un moment où à un autre près de trente pour cent des élèves — j’ai dû mal entendre. Ainsi l’école ne prodigue pas seulement l’enseignement de l’oubli, la déculturation, l’empetit-bourgeoisement général, la mauvaise langue et les mauvaises manières : elle est probablement l’un des principaux creusets du réensauvagement de l’espèce.   

voir l’entrée du jeudi 22 juin 2017 et son image dans Le Jour ni l’Heure

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