créée le mardi 21 novembre 2017, 14 h 40
modifiée le mardi 21 novembre 2017, 15 h 10
Plieux, lundi 20 novembre 2017, une heure vingt, le matin (le 21).
La journée, grâce à Karim Ouchikh, et plus tôt à Me Rimokh, s’est mieux terminée qu’elle n’avait commencé. Les deux tiers, hélas, en avaient été occupés par une affaire ridicule, mais extrêmement déplaisante, et très éprouvante pour les nerfs, à telle enseigne qu’en son beau milieu, je ne pouvais, tant mes mains tremblaient de fureur, d’indignation et de mépris, plus tweeter — le vilain drame avait en effet pour théâtre Twitter, une salle qui s’embrase facilement. 

L’origine de l’incendie était une twitteuse, anonyme, évidemment — mon Dieu, quelle horreur j’aurai éprouvée, ma vie durant, pour la saloperie de l’anonymat : je conçois (mal) qu’on y soit contraint, mais alors il doit se cantonner aux idées générales, à mon avis, et interdit absolument, pour un homme ou une femme de quelque honneur, toute attaque personnelle… —, simplementpatriote@jojopatriote. Cette personne crut bon d’informer les populations, ce matin, qu’une femme qui “bossait” avec moi (un de mes verbes les plus détestés, comme par hasard…) avait pour fille une spécialiste des “ados transgenres”. « Troublant », commenta aussitôt quelqu’un. « Oui, troublant », confirma “jojopatriote” (comme toujours la laideur des noms et des mots dit tout).

À partir de là l’incendie n’avait plus qu’à prendre, comme dans une forêt de chênes-lièges en Corse au mois d’août. Il n’y manqua pas. Renaud Camus / ados transgenre (moi qui…) : c’est bon, ça coco, on peut y aller. Au plus fort du feu l’un de mes pires ennemis, celui que j’appelle le Délateur, ou Delatorix, un certain The Quiet Strength@TheInsideDude, qui se fait une spécialité et se targue fièrement de me dénoncer à la moindre occasion à toutes les plus sinistres officines de la  Collaboration, à sa police et à ses juges (anonymement, il va sans dire, sans cela ce n’est pas de jeu…), tweetait triomphalement, dégoulinant de haine, comme d’habitude, que non seulement j’étais une saloperie politique mais que j’étais acoquiné — dans quels infâmes desseins, était offert aux bienveillantes suppositions du public… — avec un spécialiste des ados transgenre (qui entre-temps avait changé de sexe, lui aussi). Ce que pendant j’avais été soumis à toute sorte de questions soupçonneuses et insinuatrices sur mes relations avec ce personnage, dont je n’avais évidemment, et pour cause, pas la moindre idée : quelquefois on distingue vaguement, à la méchante rumeur, une possible origine, mais là je ne voyais pas l’ombre d’un début de piste. Je ne pouvais que dire que personne ne bossait avec moi, ce qui dut paraître assez peu convaincant ; et qu’il existait dans les Hauts de France, à la Compagnie des Eaux, un Renaud Camus qui peut-être en saurait davantage…

Après deux heures de ce supplice l’horrible @jojopatriote me demanda, sur le ton d’un avocat général d’Assises qui cette fois tient la tête de son accusé, si j’irais jusqu’à nier, peut-être, que je connaissais une certaine Sophie Barrouyer ? Voyant là une ouverture j’appelai aussitôt Sophie Barrouyer et, dans un certain état d’agitation, lui racontait ce qui était en train de se produire, pour voir si elle en avait quelque explication. Elle m’apprit que sa fille, que je n’ai pas vue depuis au moins dix ans, et à laquelle j’aurais attribué quinze ou seize ans si on m’avait interrogé sur elle, était étudiante en psychologie et venait d’écrire un mémoire, ou une thèse, sur les ados transsexuels ; et qu’elle ne voyait pas à qui elle pouvait bien en avoir parlé, sinon, ah oui, dernièrement, à Sarah Vajda et à sa fille Joséphine, une brillante étudiante en philosophie, qui toutes les deux assistaient chez elle, ces jours derniers, à l’une des séances de la récitation complète de Saint-Simon, après Rousseau, par William della Rocca. Le sujet était peut-être apparu dans la conversation parce qu’était présent(e) à cette soirée le transsexuel Bambi, un de mes lecteurs, paraît-il, agé(e) de quatre vingt-deux ans et, non moins paraît-il, fameux.

Sur quoi j’essayai en vain de joindre Sarah Vajda, pour tâcher d’en savoir plus ; et reçus un appel du très gentil et très généreux Me Rimokh, qui veille d’un œil, en permanence, sur mes intérêts menacés de toute part, et commençait à s’inquiéter des proportions que prenait cette dangereuse histoire de fous. Lui aussi connaît Sarah Vajda, il disposait de son numéro de portable, et il allait donc l’appeler.

Après ce long intermède téléphonique je retournai sur Twitter, pour y constater que mon abstention forcée, meanwhile, était interprété par ma persécutrice comme un aveu : ah ah, le nom de Sophie Barrouyer l’avait réduite au silence, cette vieille pute — la vieille pute étant moi, évidemment. 

Bien entendu je n’avais pas une seule seconde nié connaître Sophie Barrouyer, mais pas un instant, non moins évidemment, ne l’avais identifiée, plus tôt, à « une femme qui bosse avec » moi, et encore moins à « quelqu’un de [mon] équipe » : le Ciel m’est témoin, que je n’ai pas d’équipe, hélas — Sophie Barrouyer emplit certains fonctions à la Société de [mes] Lecteurs, avec laquelle j’ai des rapports délicats, et qui sont devenus presque inexistants, comme cette Société elle-même, d’ailleurs, qui est en train de se transformer, me dit-on, mais tout à fait sans moi (on y est fort bien-pensant), en quelque chose intitulé “Lire Renaud Camus”.

Mais le trait le plus saillant de l’évolution de l’affaire était le ton d’extrême grossièreté qu’elle avait prise, l’aimable qualificatif de vieille pute, et ailleurs de vieille pute de 80 pigés (sic — piges, je suppose) n’en étant qu’un aspect parmi d’autres. Il ne me semblait pas possible qu’une fille de Sarah Vajda, et petite-fille, donc, de Georges Vajda, le grand médiéviste, elle-même étudiante en philosophie, et même brillante étudiante, au dire de Sophie Barrouyer, et plus tard de sa mère, se signalât par ce mode d’expression parfaitement ordurier, assorti d’autre part d’un flot régulier de fautes d’orthographe. Non, me rassurait la jeune personne — il était acquis entre temps que c’était une jeune fille, et qui, le comble, s’estimait persécutée par moi…  —, non, elle ne savait pas qui était Sarah Vajda. Mais immédiatement après, complètement idiote, ou indifférente à s’exposer en pleine lumière comme la plus fieffée des menteuses, elle se plaignait que sa mère eût reçu un coup de téléphone de mon avocat, Me Rimokh, donc, qui venait d’appeler… Sarah Vajda.

Ensuite tout s’est dénoué assez rapidement, et d’ailleurs je suis pressé d’en finir avec cette sale histoire et vais abréger. Menacée d’un procès, et affectant de croire, dans sa folie, que sa famille allait être ruinée par mes poursuites intéressées, et elle-même, pauvre étudiante, se retrouver à la rue, la charmante jeune personne a accepté de publier deux tweets, rédigés par Rimokh et moi, et par lesquels elle présentait des excuses pour avoir suggéré qu’il y avait la moindre relation entre moi et une spécialiste des adolescents transgenres, ce qui n’aurait rien eu de répréhensible en soi, certes (on n’allait pas se mettre à dos, en plus, les spécialistes des transgenres, et encore moins les transgenres eux-mêmes…), mais se trouvait être complètement faux ; et pour m’avoir traité à plusieurs reprise de vieille pute, et autres gracieusetés. Il va sans dire que ces tweets de démenti sont passés totalement inaperçus — ils n’avaient, eux, aucun intérêt pour personne… 

Ce qui me reste le plus frappant de cet épisode répugnant, c’est la lumière qu’il apporte, à travers un cas particulier, certes, mais significatif, sur l’état culturel et moral de la jeunesse “intellectuelle” aujourd’hui. Voilà donc une jeune femme, ou jeune fille — elle a dix-neuf ans, je crois —, étudiante en philosophie, brillante étudiante, même, me dit-on, qui est la petite-fille d’un intellectuel prestigieux, grand professeur, très admiré, et la fille d’un bon écrivain français. Or, non seulement elle ne peut pas produire un tweet sans une faute d’orthographe, mais, à la première résistance qu’elle rencontre, elle a recours tout naturellement aux insultes les plus basses et les plus sales, aux allusions à l’âge de la partie adverse, et à un langage de charretier. Il ne serait pas assez dire qu’à son âge, et bien sûr à aucun, les gens de ma génération et de mon milieu, qui, grossièrement, est à peu près le même que le sien, même si je n’avais pas dans mon entourage familial de figures culturelles aussi prestigieuses qu’elle en a, n’eussent pas une seule seconde eu recours à des procédés et des mots de cet ordre, même et peut-être surtout au cœur de la plus terrible dispute : ce ne leur fût pas entré dans l’esprit, ils n’auraient jamais pu en concevoir la tentation, ça n’existait pas, ça ne faisait pas partie de l’ordre des possibles ou de l’envisageable, un peu comme l’athéisme pour Érasme, si l’on en croit Lucien Febvre. 

Que s’est-il passé ? On pourrait écrire un livre sur la question. Si je m’en chargeais, je l’intitulerais Décivilisation.

Plusieurs échanges avec Me Rimokh, un téléphonage d’excuses impuissantes de Sarah Vajda, et plus tard une excellente conversation avec Karim Ouchikh, sur un tout autre sujet, m’ont un peu rasséréné, pendant et après cette épreuve. Ouchikh et moi constatons qu’on ne met aucun empressement, parmi les personnalités globalement “anti-immigrationnistes”, à rejoindre le Conseil National de la Résistance Européenne. Tant pis. Viendra qui veut (ou presque…) : nous n’allons certes pas insister auprès de qui que ce soit. L’urgence est la constitution du groupe de soutien, la “Société des Amis”, que nous avons décidé d’appeler Résistance, et dont Ouchikh lui-même va être président, avec Martel comme secrétaire général et, si elle accepte, Martine Pincemin, déjà trésorière du Siel, comme trésorier. La cotisation ordinaire sera de vingt euros, dix pour les étudiants et les chômeurs, cent et plus pour les membres bienfaiteurs. 

Sur la suggestion d’Ouchikh je serai, pour ma part, président du Conseil lui-même. 

voir l’entrée du lundi 20 novembre 2017 et son image dans Le Jour ni l’Heure

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