créée le mardi 4 juin 2019, 12 h 22
modifiée le mercredi 5 juin 2019, 22 h 51
Plieux, mardi 4 juin 2019, dix heures et demie du matin.
Il est beaucoup question ces temps-ci d’une “démocratisation” des diverses Grandes Écoles, où le gouvernement se donne pour mission de faire entrer toujours plus de “diversité sociale”. Bien entendu, ce qu’il faut comprendre par “diversité sociale” est “diversité raciale”, ou diversité tout court. Il s’agit d’homologuer la conquête et le changement de peuple, de traduire au plus vite le Grand Remplacement dans la structure visible de l’État et de la société.

Mais même si l’on affectait de prendre au pied de la lettre ce dessein affiché, et de croire qu’il est bien question là de “diversité sociale” (ce qui n’est pas complètement faux, l’une étant impliquée par l’autre), le projet tel qu’il est exposé serait absurde, et trahirait une totale méconnaissance de ce que sont la société, la civilisation, la connaissance, la transmission. On est là au cœur de ce que désigne une de mes observations centrales, le refus de la modernité d’accepter les mauvaises nouvelles idéologiques — la mauvaise nouvelle idéologique ici concernée étant en l’occurrence l’archétype de toutes les autres, la plus mauvaise de toutes (à la possible exception du Q.I.), la plus contraire aux façons de voir contemporaines, la plus inadmissible pour le génie démocratique (bien qu’elle ait été couramment admise par toutes les sociétés antérieures, qui même reposaient sur elle, d’où leur culte souvent exagéré de l’ancienneté, du lignage, des bonnes familles, etc.) : à savoir que l’éducation est l’affaire de plusieurs générations, que le plus efficace facteur d’une éducation réussie est le privilège d’avoir des parents éduqués, qu’une des plus fécondes aspirations à l’ascension sociale est le désir de donner à ses enfants une bonne éducation.

Non seulement rien n’est plus normal que la surreprésentation des enfants des classes éduquées ou “privilégiées” dans les Grandes Écoles, mais c’est la condition absolue de la qualité même de ces écoles, et du bon fonctionnement de la société, et du maintien de la civilisation. L’inverse de ce système c’est le trait constitutif de la contemporanéité post-moderne, et donc du remplacisme global : le da capo perpétuel, la retombée de l’humanité à son socle à chaque génération, le blocage de la transmission, l’exigence de tout recommencer à zéro tous les matins, c’est-à-dire de tout remplacer.

Certes la loi implacable que désigne ma mauvaise nouvelle idéologique, la nécessité de la transmission, et donc de l’héritage, la reproduction sociale, en somme, pour parler comme on parle, peut et doit être tournée pour des cas individuels, aussi nombreux que possible. Ce serait précisément la mission, l’une des missions, d’un système d’éducation juste, à défaut d’être démocratique (la démocratie n’a que faire en matière d’éducation et de culture) : assurer un égal accès à cette inégalité fondamentale, la connaissance. En s’acharnant contre la transmission et l’héritage, en traquant partout le privilège, en désignant comme principal ennemi la “reproduction sociale”, on a pris le chemin exactement inverse : assurer un égal accès à cette égalité originelle, la méconnaissance, l’ignorance, l’inculture, l’hébétude.   

C’est qu’il faut bien voir que l’état de choses dénoncé par l’actuel pouvoir remplaciste, et qu’il entend bien aggraver encore, est déjà très largement sa création, et ne répond que très partiellement, superficiellement, à la description qu’il en donne. Il dit que la proportion d’élèves des Grandes Écoles qui sont issus des classes privilégiées a augmenté depuis quarante ans, et que celle des élèves issus des classes défavorisées a diminué. Mais c’est que les classes dites “privilégiées” ont augmenté en nombre dans des proportions considérables, par l’effet même du système remplaciste, attaché là au Petit Remplacement, le remplacement social et culturel, le changement de classe, autant et plus qu’au Grand, le remplacement ethnique, le changement de race, dont il était la condition sine qua non. Les gens entendent “classes privilégiées”, ils croient voir la vieille bourgeoisie éternelle, qui n’a pratiquement plus d’existence, ayant été éradiquée par le moyen d’un petit-embourgeoisement mental prodigieusement opérant. Les classes privilégiées désignées et fustigées par ce syntagme polémique ne sont elles-mêmes que la petite bourgeoisie triomphante, les classes syporex, les classes pavillonnaires, les classes diplômées en un temps où les diplômes ne valent rien, ou du moins n’ont de signification qu’économique, technique, et aucune implication quant à la culture générale, à la transmission, à l’héritage, c’est-à-dire aucune signification culturelle.

Mon grand témoin est ici la langue, comme d’habitude : les classes privilégiées fustigées par la davocratie régnante (dont tous les représentants en sont pourtant issus, Emmanuel Macron le premier), ce sont celles qui parlent dans le poste, les différents postes (et en profitent pour massacrer le français), et qui s’expriment sur les différents écrans (quitte à y étaler l’état de leur orthographe et de leur grammaire). Elles sont déjà profondément remplaçantes, issues de la substitution, inhéritières. Mais ce n’est pas encore assez, pour le remplacisme global, et dans le dessein permanent de la Matière Humaine Indifférenciée. Le Petit Remplacement est achevé, il faut maintenant parachever le Grand — ce qui confirme notre point de départ : comme pour le prétendu logement social, c’est bien diversité raciale, qu’il faut entendre, sous la diversité sociale : étant acquis, naturellement, que diversité est le nom de ce qui tue le divers, et instaure le règne du Même, du semblable, du simili, du remplacé, du remplaçant, du mensonge, du faux.  

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