créée le vendredi 23 août 2019, 12 h 24
modifiée le dimanche 25 août 2019, 8 h 55
Plieux, jeudi 22 août 2019, minuit moins le quart.
Je m’étonne — enfin, à moitié — que personne ne songe à relever, apparemment, le caractère paradoxal, et bien digne d’entraîner une révision des idées reçues, des actuels événements de Hong Kong. Voilà un peuple jadis colonisé et qui tient de la colonisation l’amour de la liberté et de l’État de droit. Il se bat courageusement contre ses frères de race, les Chinois qui eux n’ont pas été colonisés, ou ne l’ont été que très peu, afin d’obtenir d’eux le respect des garanties constitutionnelles que le colonisateur lui a fait aimer. Il va jusqu’à renier sa qualité de Chinois pour revendiquer celle de Hong-Kongais, c’est-à-dire de citoyen d’un État qui n’eut jamais d’autre existence que celle de colonie.

Mais il y a un autre élément, plus durable, moins lié à l’actualité, qui ridiculise le discours dominant et officiel sur la colonisation comme crime contre l’humanité, si ce n’est comme génocide. C’est bien sûr la ruée des ex-colonisés vers  les anciennes métropoles, comme s’ils ne pouvaient pas se résoudre à ne plus bénéficier de la bonne administration de leurs anciens maîtres ; mais c’est aussi, plus évidente encore, moins vaste, mais plus précise, mieux exemplaire, la frénésie qui mettent les populations des anciennes colonies aujourd’hui indépendantes à rejoindre les rares territoires restés dans le giron des métropoles, les fameux “confetti d’Empire”.

L’exemple de Mayotte est connu. Cette île a eu l’intelligence (de son point de vue, naturellement) de rester française, et à présent tous les Comoriens qui n’ont pas été si sages et si prévoyants, ou cyniques à ce point, n’ont qu’une idée en tête, passer sur un sol qui jouit de cette formidable bénédiction économique et politique, être encore un morceau de France. Notre visiteur d’hier m’a mis dans l’esprit un autre exemple, encore plus pur, chimiquement : celui de l’ex-Guyane néerlandaise et de la Guyane française. La Guyane néerlandaise est devenue indépendante en 1975, et elle se nomme désormais Surinam, ou Suriname ; la Guyane française est restée française et elle est un département de la République — moyennant quoi le Surinam, jadis prospère, est tombé dans une misère noire, la richesse nationale y étant mise en coupe réglée par la camarilla présidentielle ; et les Surinamiens ne songent qu’à un objectif, se transporter en Guyane française, qu’ils infiltrent en masse, au grand dam des Guyanais “de souche” (avec beaucoup de guillemets), qui trouvent fort mauvais que des étrangers prétendent partager leur privilège, être restés attachés à une métropole occidentale. 

On se rend compte en se penchant sur de tels cas combien c’est toute l’historiographie moderne sur la colonisation et son histoire qui pèchent par formidable excès de soumission idéologique. Mais il faudrait pour plus de réalisme, et surtout de réalité, faire intervenir des critères et des formulations qui feraient s’allumer affolées toutes les loupiotes de MM. les censeurs. Quoi qu’il en soit ce ne sont nullement la colonisation, ses effets, ses vestiges ou ses rémanences, que fuient de toute part et de toutes leurs forces les prétendus “réfugiés” en se ruant vers les anciennes métropoles ou vers les pays qui leur ressemblent, ou encore vers les ultimes colonies, prudemment restées liées à leurs ex-colonisateurs. C’est au contraire l’indépendance post- ou précoloniale, la gabegie, l’incompétence, la tyrannie, la misère, l’accaparement des richesses par les clans familiaux, la crue démographique incontrôlée — toutes choses qu’ils amènent avec eux partout où ils s’installent, parce qu’elles sont leur culture et leur civilisation, et parce que les cultures et les civilisations ce sont les hommes et les femmes qui les portent, à travers les générations.

voir l’entrée du jeudi 22 août 2019 et son image dans Le Jour ni l’Heure

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