créée le mardi 17 novembre 2020, 19 h 03
modifiée le mardi 17 novembre 2020, 19 h 08
Plieux, lundi 16 novembre 2020, une heure du matin.
Le “fameux”, si j’ose dire, “tweet banquise”, si j’ose dire encore (« Une boîte de préservatifs offerte en Afrique c’est trois noyés en moins en Méditerranée, cent mille euros d’économies pour la Caf, deux cellules de prisons libérées et trois centimètres de banquise préservée ») continue de faire beaucoup parler de lui. Dénoncé par les délateurs habituels, poursuivi par les officines coutumières, il semble mettre les autorités en émoi — au moins les autorités judiciaires. On jurerait que la sécurité de l’État et la garantie de l’ordre public dépendent d’une juste sanction à lui impartie au plus vite. Déjà, au printemps dernier, une audience avait été fixée quelques semaines à peine, voire quelques jours, après la réception de la plainte. Me Rimokh avait eu beau jeu de faire remarquer qu’il lui fallait tout de même un peu plus de temps pour préparer sa plaidoirie, et que je sortais de l’hôpital. L’audience avait été renvoyée au 25 novembre, la semaine prochaine. Nous sommes en plein Deuxième Confinement, on a le droit de sortir une heure par jour dans un rayon d’un kilomètre, j’ai soixante-quatorze ans, j’ai été gravement atteint par la Covid 19 l’hiver et le printemps derniers, la plupart des hôtels parisiens sont fermés, dont mon hôtel habituel : le moins qu’on puisse dire est qu’il ne m’est pas facile, et qu’il ne semble guère raisonnable pour moi, de traverser la France entière pour me rendre à Paris dans ces conditions. Nous avons demandé un nouveau renvoi : non pas du tout qu’il nous gêne d’être jugés au plus vite pour ce tweet, mais parce qu’il est aussi incommode pour Me Rimokh de plaider que pour moi de comparaître en les circonstances. Le renvoi vient d’être refusé.

Il ne l’est à vrai dire qu’à moitié parce que la vice-présidente qui est en correspondance avec Rimokh dit que nous pouvons formuler une nouvelle demande à l’audience. Mais nous ne désirons nullement surseoir pour surseoir. Il ne s’agit pas le moins du monde, pour nous, de gagner du temps. S’il nous faut de toute façon nous rendre à Paris, Rimokh de Bruxelles, moi de Plieux, autant en finir au plus vite (pour cette fois) — nous retirons notre demande de renvoi. Mais l’insolite précipitation des juges est pleine de sens.

Je serai probablement condamné, puisque c’est l’usage, et qu’ainsi le veut le rapport de forces idéologique. Et naturellement c’est bien embêtant, financièrement, matériellement, pratiquement, sans compter que, déjà condamné à deux mois de prison pour le discours de Colombey, je pourrais, au moins en théorie, passer directement, cette fois, de l’audience au trou. Mais j’éprouverais tout de même, si c’était le cas, la grande satisfaction de ridiculiser la Cour, de déshonorer les juges et de placer dans la lumière la plus crue le colossal deux poids deux mesures du système, la préférence occupante, la volonté de persécution à mon égard de magistrats qui croiraient devoir punir quatre lignes où de toute évidence il n’entre pas la moindre haine, qui ne désignent et n’attaquent personne, ni individu, ni religion, ni race, qui ne mentionnent qu’une entité géographique immense, un continent entier dont il est au demeurant bien facile de montrer qu’en l’ensemble de mes écrits et de mes discours je ne l’isole pas du tout en la nécessité de mettre un terme à la croissance démographique. J’ai dit cent fois la même chose de l’Europe, et aucun Européen n’a songé à se sentir vexé. J’ai dit cent fois la même chose de la Terre entière, et par exemple :

« Tout discours sur l’écologie, l’environnement, le réchauffement climatique etc., qui ne s’ouvre pas sur l’urgence de la décroissance démographique est nul et non avenu ».

On dira que je donne des habitants de l’Afrique une image caricaturale. En effet, je caricature un peu, même si je ne manque pas de m’apitoyer sur le sort des plus infortunés et que mon souci écologique soit on ne peut plus sincère. Pour le reste, je m’attache aux aspects les plus pittoresques du tableau, sans généraliser le moins du monde à partir d’eux. C’est le principe même de la caricature, et la mienne est bien douce, une simple plaisanterie sans aucune méchanceté. Le président de la République ne va-t-il pas répétant ces temps-ci, non sans se mettre à dos la Terre entière ce faisant, qu’en France le droit à la caricature est sacré ? Celles dont il défend le principe en cette occasion sont autrement plus blessantes et insultantes que la mienne. 

voir l’entrée du lundi 16 novembre 2020 et son image dans Le Jour ni l’Heure

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